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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 09:05

Ce matin , mettant un peu d'ordre dans ma chambre , je découvris , surprise , caché derrière un tiroir , un joli petit collier...Je le pris délicatement entre mes doigts . En un instant , toute une période de ma vie défila devant mes yeux .
C'était en Avignon , j'avais 13 ans . Tous les jours en allant au lycée , je faisais un long détour juste pour apercevoir
un jeune gitan qui traînait le long des remparts ; tout de rose vêtu , un gilet vert en dentelle , pieds-nus , la guitare en bandoulière , accompagné de Mina , une adorable chevrette blanche ; il déambulait en chantant dans les rues ou restait assis , de longues heures , au bord du Rhône , les yeux dans le vague , le coeur dans les nuages . Je l'ai aimé au premier regard : ses yeux noirs , à demi-cachés sous une masse de cheveux jais , brillaient comme des étoiles ; sa peau , mate , satinée , ressemblait au caramel ; il avait un prénom curieux , Laska , il venait de Hongrie , plus loin même , des monts de Bohême ; sa voix à l'accent étrange et doux me brisait le coeur . Nuit et jour je pensais à lui ...Les premiers jours , timides , gênés , nous osions à peine nous parler puis nous devinrent vite inséparables . Par la suite , telle La Esmeralda , je dansais le long des remparts au son de sa guitare . Je m'étais confectionnée une large jupe à volants avec les écharpes de soie de maman ! Vraiment classe ! Tiens en parlant de classe , j'arrivais de plus en plus souvent en retard aux cours...Mon amour devait se lire sur mon visage car j'attirais toutes les jalousies autour de moi , ragots et commérages du voisinage...mais , à ce moment-là , trop occupée , je n'y prêtais guère attention .
 Laska , je l'aimais d'un amour infini , lorsque je dansais , je ne touchais pas terre , les tintements de mes bracelets aux poignets et aux chevilles mêlés aux clochettes de Mina qui gambadait et sautillait autour de moi faisaient plaisir à entendre . J'agitais frénétiquement un tambourin au-dessus de ma tête , faisant voler l'écharpe de mousseline nouée autour de mes longs cheveux bouclés . J'étais si bien : jeune , heureuse , amoureuse . Je ne voyais pas les heures passer . Epuisés de chants et de danses , nous montions au Palais des Papes et tendrement enlacés , dans le jardin , nous comptions l'argent gagné ; à vrai dire , pas grand-chose : quelques pièces , parfois , mais très rarement , un billet ! De connivence , en riant , nous disions que les gens étaient de vrais rats ( des " rapiamus " disait mon grand-père ) et , Laska , triste , ajouta tout bas , que lui et sa famille avaient déjà mangé du rat ! Surprise , je voulus connaître ces gens-là ! Un dimanche , il m'emmena au bord du Rhône , près de Vlilleneuve/les/Avignon . Je découvris plusieurs roulottes blotties sous les arbres , des chevaux en liberté , des chèvres , des poules...tout un monde incroyable qui vivait là dans un fouillis inextricable d'où sortaient des gosses presque nus , qui hurlaient , jouaient , couraient dans tous les sens ; puis des filles , belles , bronzées qui me regardaient de la tête aux pieds . J'étais gênée , Laska me prit la main et me dit : " Viens , ce sont mes frères , mes soeurs , mes cousins..." Etant fille unique , je n'en croyais pas mes yeux . Puis il me présenta à son père , un homme , grand , sec , au nez aquilin , le regard perçant ; ce qui me fascina surtout c'était le bijou qu'il portait à l'oreille : une jolie perle noire ! J'imaginais mal mon pére avec une boucle d'oreille...Enfin sa mère , Ilioutcha , une vraie manouche à la chevelure longue , épaisse et mouvante ; des yeux en amande d'un beau vert-doré , bordés d'immenses cils ; aux oreilles de larges créoles ; quand elle se déplaçait , ses cheveux battant ses hanches , elle ressemblait à une déesse de la mythologie grecque ; je pensais au fond de moi que manger du rat devait être bon pour la santé !
Tous m'accueillirent avec gentillesse ; l'après-midi fut inoubliable . Nous rentrâmes doucement , main dans la main ; nous nous arrêtions souvent : baisers fous , promesses , caresses inachevées . Laska me regardais en m'appelant Manouche , il rêvait de voyages ...J'étais la Comtesse aux pieds nus , La Esmeralda , Gilda , Manon , Shéhérazade , la Dame de Shangaï ....ces noms avaient un effet magique sur moi....et tous deux nous rêvions de partir loin...très loin....
Notre tendre idylle dura plusieurs mois jusqu'au jour fatidique : dénonciation , jalousie ou autres...la Mère Supérieure ( et oui j'étais chez les soeurs ! ) convoqua mes parents ! Dieu merci , à ce moment-là , mon père était encore en Algérie ; mais à son retour , lorsqu'il apprit mes frasques , je pris une magistrale râclée dont j'en ressens aujourd'hui encore la cuisante brûlure ; et je me retrouvais en pension ad vitam eternam ! Non quand même pas , mais pour plusieurs années : interdiction de sortie , de courrier etc...
Heureusement je réussis à corrompre le jeune mitron chargé d'apporter deux fois par semaine , les pains au chocolat et les croissants aux enseignants ; ayant un faible pour moi , Lucky , devint un fidèle messager ; il transmettait à Laska mes billets d'amour , débordant de mots passionnés , de déclarations enflammées ; Laska me répondait avec la même ferveur mais ses lettres remplies de fautes m'agaçaient un peu ! Je lui pardonnais , il était étranger et je l'aimais !
Si quelqu'un avait lu notre courrier , sûr , je finissais sur le bûcher et Laska dans les oubliettes du Palais des Papes...
Les mois passèrent , un dimanche où j'avais eu droit à une permission pour bonne conduite , je vis Laska , assis sur le trottoir, devant la maison . Mon coeur ne fit qu'un bond ; je criais à maman : " Zut ! je n'ai plus d'encre de Chine pour terminer mes croquis , je cours en chercher chez Evelyne ! " Dévalant les escaliers quatre à quatre , rasant les murs , je fis signe à Laska de me suivre et , cachés sous les platanes , nous nous jetâmes passionnément dans les bras l'un de l'autre . Puis désespéré , il m'annonça son départ pour Marseille ; toute sa famille était chassée par la municipalité ! Je crus que mon coeur se brisait en deux , je ressentis une horrible déchirure . Doucement il souleva mes cheveux et accrocha à mon cou un fin collier de corail rouge . Nous promettant un éternel amour , nous nous séparâmes en larmes , nos adieux furent tragiques . Nous nous écrivîmes longtemps...Quelques mois plus tard , mon père rentrait en France et fut muté dans l'est ; déménagement , changement d'adresse , de lycée...nouvelle vie et mon merveilleux amour tel un feu de paille partit en fumée ...
Mais lorsque le train s'arrête à Maseille , avec un petit pincement au coeur , je pense à toi Laska , avec une infinie tendresse , c'est toujours beau un amour de jeunesse !

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commentaires

Hécate 08/12/2013 13:35


ah! ça....:)

apsara 08/12/2013 14:21







Hécate 08/12/2013 11:15


Oh ?tu krôas ....Tu as dû croiser des raretés sur la toile....tout de même ?...

apsara 08/12/2013 11:34



mouais !!mais flippantes!!!des bordel-line!!!



Hécate 08/12/2013 09:53



apsara 08/12/2013 10:33



c'est la première fois!



Hécate 07/12/2013 19:09


rare ,oui...

apsara 08/12/2013 08:48



RARISSIME MEME!



Hécate 07/12/2013 19:02


c'est bon d'être sur le même ressenti...

apsara 07/12/2013 19:06



c'est tellement rare!



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